Maria del Pilar a 29 ans et c’est une force de la nature. Elle est coordinatrice de la Fondation Amazonia Viva, supervisant, dans la vallée de l’Alto Huayabamba, un programme de reboisement dans une ancienne zone de production de coca. La jeune femme fait partie de celles et ceux qui nous ont aidé à mettre en place le tournage au Pérou.

© Emmanuel Cappellin / Humankind Production

© Emmanuel Cappellin / Humankind Production

Toujours à nos côtés quand nous conduisions les interviews, nous finissons par lui demander de témoigner car nous sentons que, derrière sa carapace, se tiennent en elle de jolies choses. Une certaine pureté aussi. Mais nous discernons également l’appréhension qui l’habite. La veille, elle décide même de ne pas manger avec nous. Par crainte sans doute. Mais de qui, de quoi ?

Le lendemain matin, l’heure de l’interview arrive. Enjouée et le visage souriant, elle nous explique ce qu’elle souhaite transmettre  à ses enfants : le respect de la nature, les valeurs qui lui sont chères… Mais très vite, son visage se ferme. Puis Maria se met à pleurer. A chaudes larmes. La jeune femme souriante qui était avec nous quelques secondes auparavant a disparu. Elle est désormais repliée dans un chagrin qui la contracte, la serre, lui fait mal. Si Maria pleure, c’est qu’elle ne peut pas avoir d’enfants, et cela la bouleverse. Nous aussi.

Les larmes de Maria del Pilar sont touchantes parce qu’on les imagine retenues depuis longtemps, parce qu’elles viennent de nulle part aussi, qu’elles coulent sur les joues de quelqu’un qui semble ne jamais  avoir appris à pleurer. Maria est de ces gens à qui l’on n’a jamais donné la chance ou le temps de sangloter, de ces personnes pour qui montrer ne serait-ce qu’une part de faiblesse est une chose totalement étrangère. C’est une jeune femme forte qui a l’habitude de se dévouer complètement aux autres. Nous le sentons: cela fait longtemps qu’elle attend ce moment de relâchement. Cet instant où elle pourrait se laisser aller. Enfin. Et il y a quelque chose de très touchant dans ce moment d’abandon.

Mais Maria l’annonce, l’affirme : elle s’adaptera. «  Il y a d’autres femmes qui ont des enfants mais qui ne les aiment pas, et peut-être que moi… Peut-être que je partagerai tout l’amour que j’ai avec l’un de ces enfants. Je partagerai mon amour. Tout, je lui donnerai tout. Et il aura quelqu’un qui l’aimera. Il se sentira entouré, protégé. Je donnerai cet amour à un enfant qui n’a pas de maman ».

Une fois le message à l’humanité délivré, les larmes ont séché, Maria est redevenue pilier.

Stéphane Jacque